numéro 11

couverture et sommaire

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Écritures partagées (Forum des Langues du Monde), C. Ar Gall, H. Yifu, B. Natsuishi, F. Aït Siameur, M. Segonzac, M. Houmed-Gaba ; Vues imprenables sur Pontanezen (photos sténopés) ; Poésie : M. Le Brigand, L. Robin ; 2 essais : G. Delbos, L’homme en son jardin, S. I. Ichikawa, Pour mieux comprendre Oe Kenzaburô ; D. Prungnaud, Reportages ; Typographie : entretien avec Fañch Le Henaff + Petite histoire de l’écriture latine par H. Géréec ; Entretien avec M. Ménard (dictionnaire breton) ; Gwenaëlle Magadur, artiste invitée + Brest R.I.P. par D. Caraës ; revue invitée : Théâtre (s) en Bretagne ; Impressions... (“Parlons du breton”...) ;

Forum des Langues du Monde

Écritures partagées

Nous publions ici des textes ou trop longs ou arrivés trop tard pour être inclus dans l’anthologie Écritures en partage..., une façon pour nous de faire partager à nos lecteurs le plaisir qui fut le nôtre de participer à ce Forum où hopala ! se sent chez elle.


Carrefours

L’auteure vit dans le Finistère.

Langue : breton

Nombre approximatif de locuteurs : 150 000

Pays où cette langue est pratiquée : France (Bretagne)

Chanig Ar Gall

Aujourd’hui, jour de chance, je peux marcher, flâner, reprendre contact avec ma ville, sa matière vive, sa chair : les rues ; y redécouvrir l’air filtrant du goulet portant les relents d’une unique mer en friches, et, tout près, la silhouette immuable de l’échauguette du château, œil dévorant l’activité multiple de la Penfeld. J’ai pris plaisir à me mêler aux passants vêtus de parkas multicolores. Des couleurs aussi sur les visages. Tous les visages. Ici, les sourires illuminent les faces de Togolais devisant en ewhé avec leurs “frères” frigorifiés sous leur boubou. Une Japonaise demande sa route dans un anglais francisé à l’accent safrané. Des Roumaines implorent avec leurs mots glacés de souvenirs et, là, des étudiants maghrébins devisent sur Arezki Metref peut-être, qui, dans le feu des désordres de son pays écrivait : “Tiennes seront ta parole et la colline des veuvages, peuple à la peau tannée de soleil et de colère”. Au marché, des Camerounais vendeurs de fruits séchés traduisent par leur regard l’ardeur de leurs paroles. Un Hindou venu du Rajasthan propose des bijoux de quat’sous et s’emploie à répéter une formule inscrite sur un carton : “ha, mond a ra ?” (alors, ça va bien ?). Rue de Siam, un gratteur de guitare, alerte séducteur au parler andalou, joue un air vaguement breton, le feu de sa langue rythmant la danse.

À l’hôpital où je termine ma promenade par hasard, le médecin corse est fier de son nom : “Natali, c’est Nedeleg en breton ?” dit-il. Et, dans le salle d’attente les gens passent... C’est une Vietnamienne, trotte-menu, pressée qui oublie ses “R”. Elle a pe(r)du sa ca(r)te vitale. Et c’est cet ancien officier somalien s’aidant de sa somptueuse canne de chef de tribu qui, accompagné de ses trois fils va, sans complexe pendant trois heures de conversation ininterrompue émaillée de rires, prouver certaine faculté d’adaptation au pays d’accueil.

Brest, ce jour-là, n’avait pas le ciel bas. Brest était simplement multicolore. Inoxydable alphabet de mots inconnus. Des mots de sable, de poivre, de craie, de soie : rues où les destinées se croisent dans le ruissellement des tempêtes, tempêtes de vent, de rage, de cœur pour exploser et s’ouvrir sur la parole.

“Ici, au bout de la Terre
Entre la mer et le vent
Brest, c’est l’escale éternelle
Des pèlerins perdus du Monde
Où le corps-mort les attend”

Traduction de l’auteure



Kejadennou

Chanig Ar Gall

An deiz all zo deut c’hoant din da vale e kêr evid dizolei he nerz-buhez, kig hag ene, sheverka tra en eur gêr : ar ruiou.

Dioustu on bet skoet gand an avel o c’hweza diouz tu ar mor, dre ar mulgul dreist gedig ar C’hastell o spia dibaouez mone-done ar bigi war ar Penfell. Plijadur am eus bet o vond e-touez an dremenidi gwisket gant dillajou lieseurt, tud kalz anezo a ziavêz Brest.

Amañ, paotred euz bro Togo, sklaset dindan o boubou, a ginnig e-ser marvaillad tokoù-plouz ha gourizoù. Tostig dezo, eur japonadez a gerz gand he hent, hanter halleg, hanter saozneg. Amañ, merhed Roumania a bed ahanoh, tristrig en eur yez digomprenuz evidon. Aze, studierien, paotred Kabylie, bodet evit komz euz Arezki Metref marteze ?...

Er hohu marhadourien kakaouet uhel an ton ganto, a huch laouen en o yez, goulou beo en o daoulagad... Eun Hindouad euz Kachzazkan a zistrip eul lañgaj mesket en eur “mond a ra ?” giz Breiz. War ar riblenn-straed eur h oarier gitar paotr faro ha drant anezan, a gan tan e yez en e zañsou.

’barz ar fin on digouezet en ospital, dre zigouez, eur bern tud du-ze o hedal beza sikouret... Lorhuz eo ar medisin gand e ano “Natali” Nedeleg e brezoneg emezañ ? ”Eur Vietnamiez a zired a gammedou bihan, o tijonjal an “R” : “J’ai pe(r)du ma ca(r)te vitale”. E-kichen, eun ofiser koz euz Somali harpet war e vaz-e-koad-priziuz-kizellet a gomz heb ehan e-pad teir eurvez gand e dri mab, en o yez dezo a vouez uhel, heb an disterra mez. Kement se a ziskouez penaoz emaint, gwir estrañjourien, en o bleud, pa vez digoret an noriou dezo.

Brest ne oa an deiz se, nemet eur mell leor liesyezeg, gand geriou flour, blaz an oranjez, an heol palmez, ar pebr, eur bale a vignoniez, emgleo tud fier gand spered ha yez o bro, ha doujañs ganto e keñver kêr Vrest.

« Amañ e Penn-ar-Bed etre an avel hag ar mor ‘mañ Brest, porz-mor peurbaduz evid boudedeo ar Bed Eleh ma kav peoh ha goudor »





L’homme et la tempête

Originaire de la province du Yunnan, l’auteur vit à Kunming (Chine). Il est peintre et enseigne la calligraphie et la peinture à l'Institut des Arts de Kunming). Il vit entre Chine et Bretagne depuis quelques années. Fin 2002, les Éditions Ouest-France publieront un grand nombre de ses travaux dans un ouvrage intitulé : Le voyage d’un peintre chinois en Bretagne.

He Yifu

À la radio, la speakerine annonça de sa voix habituelle : “avis de tempête, les rafales de vent atteindront 120 km/heure”.

Peu rassurée, sa femme recommanda la prudence à mon ami tandis quelle lui remettait ses affaires de pluie : il avait en effet décidé d’aller voir la tempête à la Pointe de Penhir.

Jusqu'alors, pour moi, voyageur venu des hauts plateaux d’une province de l'intérieur de la Chine, les seules tempêtes que j'avais jamais connues m'avaient été rapportées par les récits incomplets des médias. Ce n'est qu'en entendant le sérieux avec lequel les Bretons l'évoquaient, en les voyant s'animer comme s'ils l'enduraient encore, que j'avais déjà pu pressentir combien la tempête était plus mystérieuse encore que ce que j'avais imaginé.

Le vent glacial sifflait, filant à toute allure, se défoulant à la surface sans limite de l'océan, balayant rageusement les terres. Les arbres ployaient devant lui, pliant leurs branches qui s'entremêlaient en faisant grand tapage. Les frêles herbes, incapables de résister tremblaient de tout leur corps et c'était comme si la côte tout entière était prise de frissons.

Quant aux humains, pourtant cent, mille fois plus forts, ils se retrouvaient eux aussi impuissants devant la violence des éléments. C'est comme si chacun d'entre eux traînait derrière lui une carriole chargée de l'Univers entier, il se retrouvait incapable de faire le moindre pas sans le payer de beaucoup d'efforts. Debout, face au vent, il était impossible d'avancer : il semblait qu'on avait devant soi une cloison invisible : on pressait, on appuyait sans guère de résultat au risque de s'envoler. Que le vent vienne à changer de direction et alors les gens soudain perdaient l'équilibre, se mettaient à chanceler tel des hommes enivrés. Il était impossible de marcher à grand pas ou de cheminer tranquillement.

L'eau, elle, est normalement un élément souple et délicat. Cette fois, transformée par la force du vent qui lui procurait assurance et agressivité, elle était devenue entité sauvage, furieuse, déchaînée. Ayant perdu toute maîtrise, elle se ruait sur les rives avec, semble-t-il, l'intention de mettre le monde sens dessus-dessous. Ce n'était plus l'eau mais des armées de vagues, des armées de lames !

Surgissant de plus loin que l'horizon, se lançant férocement à l'assaut du continent, les lames venaient heurter les falaises de la Pointe. Encore et encore... L'une après l'autre, ces terribles vagues se brisaient sur les rochers, éclatant en des millions de gouttelettes. L'écume s'accumulait, transformant la mer en un champ de mousse grisâtre que le vent faisait tournoyer dans les airs. Ainsi assombrie, la lumière du jour paraissait irréelle, presque fantastique. L'écume volait au milieu des gouttelettes salées, un peu comme si la neige du plein hiver se retrouvait mêlée aux fines pluies de l'automne.

Le vent hurlait à nos oreilles. Avec le bruit des vagues, le fracas des lames se brisant sur les rochers, cela faisait un vacarme de tous les diables, comme un roulement de tonnerre, les cris de deux armées sur le champ de bataille, qui résonnaient sur les rives. Par groupes de deux ou trois, les gens venus assister à ce spectacle, lorsqu'ils se croisaient paraissaient étonnamment familiers les uns aux autres. Un franc sourire aux lèvres, ils échangeaient à voix haute leurs avis sur la tempête.

Peut-être était-ce les vibrations que les éléments déchaînés de la nature provoquaient en leur for intérieur ; peut-être captaient-ils un peu de l'énergie originelle, le souffle premier du Monde et ressentaient-ils ce délicieux sentiment d'Accord entre le ciel et l'homme ; peut-être était-ce la vision de ces trains de vagues venant de très loin se projeter contre les murs de bronze, les parois de fer de la côte, et leur allure exceptionnelle, si déterminée ; peut-être était-ce leur lutte contre la violence des rafales : les hommes avaient oublié leur ego et retrouvé leur spontanéité, ils avaient abandonné leurs façons d'être sur la défensive et leurs rapports avec autrui devenaient plus détendus, cordiaux. Le “paraître” avait cédé la place à la sincérité et à la bonté naturelles. Une fois de plus, je constatais que dès que l'humain s'extrait des rivalités inhérentes à la vie ordinaire, faux-semblants, tensions et stress se métamorphosaient en un comportement naturel et détendu, comme s’ils étaient touchés par la joie ineffable de simplement être au monde et d'exister au sein de cette nature grandiose.

Rien d’étonnant à ce que, ce jour-là, il y eut quantité de personnes à braver le danger pour “profiter” de la tempête.

Cette tempête à la Pointe de Penhir m'a fait entrevoir la sincérité et la bonté que les gens recèlent au fond d’eux-mêmes. C'est la société et la pression sociale qui nous dénaturent. Même si ce n'est que pour quelques instants, notre vrai visage réapparaît à chaque fois que nous sommes touchés par la force, le mystère ou la beauté de la nature. Et cela réconforte de savoir que l'homme n'est pas, dans le fond, être si détestable.

On devait apprendre, ce soir-là, aux informations télévisées, qu'une personne venue assister à la tempête à la Pointe de Pehnir y avait laissé la vie.

Le 26 mars 2002 à Kunming

Traduction de Bernard Allanic


Langue : chinoise

Nombre de locuteurs : plus d'1,3 milliard

Pays où cette langue est pratiquée : Chine

Haïku

Ban’ya Natsuishi, grand poète haïkiste, vit au Japon.

Langue : japonais

Pays où cette langue est pratiquée : Japon

Nombre de locuteurs : 130 000 000

Ban'ya Natsuishi



Temps radieux sur Brest
la trinité
des mouettes

Brest braw an amzer
treinded
ar gouelaned



Une statue
d’esclave asiatique
février au Château de Brest

Skeud ur sklav
eus broioù Azia
Kastell Brest e mis c’hwevrer



En pyramide
des prisons pour les crabes
à Roscoff

Kewelloù kranked
krugellet
e Rosko



Même sur les roches de granit
qui vont s’amenuisant
lumières du solstice d’été

Kerreg mein greun o teuzi
warno padal e par
gouleier beg an hanv



Traduction française : Alain Kervern et Ban’ya Natsuishi

Traduction bretonne : Rozenn Milin


 

Kabylo-breton

Farid Aït Siameur est le chanteur du groupe Tayfa.

Farid Aït Siameur

J'ai quitté ma terre natale
je me suis fait tout nu
puis j'ai revêtu un costume breton
ma nouvelle vie est un bégaiement
et la dyslexie devient alors salvatrice
les mots s'entremêlent, et comme
dans une sarabande,
racontent une histoire commune.

         

 

Sans titre

Claude Sicre est le chanteur des Fabulous Trobadors et l’initiateur des Forums des Langues du Monde

Langue : occitan

Pays où cette langue est pratiquée : France (Occitanie)

Nombre de locuteurs : environ 3 millions

Claude Sicre

Je ne connais pas Brest j’y suis allé deux fois la première pour un concert la seconde pour un autre concert et une fête de quartier et parler du Forum des Langues du Monde avec les organisateurs dans une chanson de mots enchaînés j’ai accolé Brest avec Litovsk c’était facile on m’a demandé souvent c’est quoi Litovsk j’ai dit la ville jumelée pour la paix en Bretagne c’était bien cette journée avec les groupes folkloriques J’aime toutes les musiques de tous les peuples du monde et les danses et les chants J’aime les peuples et je suis toujours ému le groupe portugais en famille quelle histoire l’immigration moi je suis né à Toulouse j’ai beaucoup voyagé mais je suis toujours rentré toute ma famille habite dans le coin alors j’y comprends rien l’émotion c’est tout alors Brest de … et j’ai parlé avec une spécialiste de la poésie galloise et je pense qu’il faudrait que je sois amoureux d’une Brestoise pour crier son nom la nuit sur les quais et apprendre quelques mots de breton et me perdre dans des paysages enchantés ma ville est le plus beau parc toutes les villes le sont quand on aime les peuples et c’est encore plus beau quand les peuples se lèvent pour embellir leur ville leur pays de toutes leurs forces pour que les amoureux le soient encore plus il n’y a pas de limites au bonheur.



Claude Sicre

Coneissi pas Brest. I soi anat dos còps lo prumier per un concèrt lo segond per un autre concèrt, una fèsta de quartièr e per parlar del Fòrom de las Lengas del Monde amb los organisators.

Dins una cançon de mots encadenats, ai apariat Brèst amb Litovsk, éra de bon far. Sovent, m’an demandat qu’es aquò Litovsk, ai dich la vila abessonada per la patz en Bretanha. Èra plan aquela jornada amb los gropes folklorics.

M’agradan totas las musicas de totes los pòbles del monde e las danças e los cants. M’agradan los pobles. Totjorn. M’esmère lo grope portugués en familha. Quin affar l’emigracion ! Leu soi mascut a Tolosa, ai plan viatjat mas soi totjorn tornat a l’ostal. Ai tota la familha dins los alentorns.

Alavetz, i compreni pas res, l’emocion, es tot. Alavetz Brest de caras e ai parlat gallesa, e cresi que me caldrià ésser amoròs d’una Brestesa per cridar son nom la nuèit suls cais e aprene qualques mots de breton, e me pèrdre dins los païsatges encantaires. Ma vila es lo pus polit dels pòrts/parques. Totas las vilas o son quand òm aima los pòbles e es pus polit encara quand los pobles se levan per ondrar lor vida lor país de totas los féstas per que los amoroses o sián encara mai e i a pas de boliè ras al bonur.


Responchons à Brest

Michel Segonzac vit à Brest. Il travaille à Ifremer.

Langue : occitan

Pays où cette langue est pratiquée : France (Occitanie)

Nombre de locuteurs : environ 3 millions

Michel Segonzac

Je suis né quelque part dans le sud, dans les vignes de Gaillac (Tarn), célèbre pour son vin, et qui a vu la naissance de la première cave coopérative vinicole de France en l'an 972, créée par quelques moines bien dégourdis pour l'époque. Pas loin non plus de Carmaux, ville minière, patrie de Jean Jaurès. Dans cette région, tout le monde connaît les disputes musclées qui opposent chaque année au printemps les habitants de ces deux villes, pour la récolte d'une herbe grimpante qui ressemble à une asperge et qui pousse sur les talus, dans les ronciers ou à l'orée des bois, et qui s'appelle en occitan responchons (prononcer 'respountjous'). Quand je suis arrivé à Brest au début des années 70, pour travailler dans l'océanographie, j'ai fréquenté rapidement le milieu des musiciens folk de la région. Un jour de mars, j'étais invité chez l'un d'eux à une soirée musicale dans les monts d'Arrée. Avant d'arriver chez lui, je découvre une herbe qui m’intrigue, sur un talus bordant la route. Mille dieux ! c'étaient des responchons ! Oh bite d'âne ! jamais je n'aurais imaginé qu'il en poussât si loin de chez moi et du soleil. J'en ramasse bien vite une poignée ; mais sapristi ! je me trouve rapidement devant un dilemme terrible : soit je les garde sans rien dire à personne, et je cache ce coin comme on cache ses coins à champignons, soit j'en parle à mon hôte et à ses lascars d'invités, avec le risque qu'ils les apprécient, et adieu mes récoltes printanières ! Advienne que pourra, je me décide à tout dire. Parmi les invités, il y avait quelques plaisantins pas très dégourdis, et quand ils ont vu les herbes, ils se sont méfiés tout de suite. Quelques-uns en mangèrent et les trouvèrent amers, d'autres y goûtèrent à peine, mais aucun n'était prêt à pousser plus loin cette aventure culinaire. Depuis ce jour, je récolte joyeusement mes responchons bretons, et chaque année, j'en trouve pas loin d'un quintal. C'est le professeur Dizerbo, de l'UBO, aujourd'hui disparu, qui m'a donné le nom de la divine plante.. C'est l'herbe aux femmes battues, ainsi appelée parce qu'elle a des vertus résolutives. Autrefois, du temps où les femmes étaient battues par les maris, elles utilisaient ce remède en cataplasme. En peu de temps, les bleus ne se voyaient plus, et ainsi, elles pouvaient sortir sans culpabiliser !



Traduction de l’auteur et de Pierre Corbefin
(du Conservatoire Occitan, Toulouse)



Responchons a Brèst

Michel Segonzac

Soi nascut endacòm, dins las vinhas de Galhac (Tarn), vila plan conescuda per son vin, e qu’a vist tanben la naissença de la prumièra cava coperativa vinicòla de França en l’an 972, bastida per qualques monjes plan abelugats per l’epòca. Pas plan lenc tanpauc de Carmaus, vila minièra, patria del Joan Jaurés. Dins aquel canton, tot lo monde conéiç plan las plumadas muscladas que se mètan cada annada a la venguda de la prima lo monde d’aquelas duas vilas, per amassar una mena d’èrba pujanta que sembla aspèrga e que buta dins los randals, los romegós, o a la talvera dels bosquets e que se sonan responchons. Quand arribèri a Brèst, dins las annadas 1970, per trabalhar dins l’oceanògrafia, coneguèri lèu lèu lo mitan folk del canton. Un jorn de març èri convidat a una velhada musicala a l’ostal d’un d’aquelis, dins las montanhas d’Arrée. Avant que d’arribar al seun ostal, m’avisi d’una mena d’èrba que m’entriguèt, sus un bartàs al prèp de la carrièra. Miladiu ! Era plan de responchons ! O viètdase, qu’èri content ! Jamai auriái imaginat qu’aquò podiá butar tan lenc del mèun ostal e del solelh. M’afani de’n amassar qualques uns a l’amagat. Mes que, pecaire ! me trobèri davant un problèma tarrible : o ne’n pa rli pas al meun amíc, e amagui lo canton coma se fa per los bruguets, o ne’n parli, a del e a sos arganhòls de convidats, ambe lo risc qu’aquela èrba lors agrade, e adissiatz plan las meunas recòltas de la prima ! Arriba que plante, me decidi de dire tot. Dins aquelis convidats, i avià qualques penjaluns qu’eran pas plan degordits, e quand vesèron las èrbas, se malfisèron sul còp. Qualques uns ne’n manjèron e les trobèron amargs, d’autres i tastèron un bricon, mes pas un era preste a contunhar aquela esperiença culinara. Dempuèis aquel jorn, amassi galhardament mos responchons bretons, que cada annada ne’n tròbi pas lenc d’un quintal. Es lo Professor Dizerbo, un brave saberut de l’UBO, auèit desaparegut, que me balhèt lo nom de la divina planta. Es l’èrba de las femnas batudas ; que s’apèla atal perque teng vertuds resolutivas. Autres còps, del temps ont las femnas eran batudos per los ómes, elas se sirvián d’aquela potinga coma d’un cataplasme. En un briu de temps, los blus se vesián pus, e çaquelà ! podián sortir sens culpabilisar !


Mon séjour de l'été 2000 à Brest

Maki Houmed-Gaba vit à Paris. Il est spécialiste de linguistique africaine et diplômé de l’INALCO.

Langue : somali

Nombre de locuteurs : entre 10 et 15 millions

Pays où cette langue est pratiquée : Somalie, Éthiopie, Kenya, Djibouti

Maki Houmed-Gaba

C'était l'été 2000, c'était l'occasion d'un mariage. On unissait Abdourahman, alias Amigo, à sa fiancée Dabsia. Un peuple djiboutien sorti de toute la France, ville, village et région, prenait le large, puis prenait d'assaut la ville de Brest. Objectif ? Un, visiter Brest. Deux, rencontrer la jeunesse djiboutienne. Trois, soutenir et accompagner les mariés. Nord, Sud, Est, Ouest, les quatre coins cardinaux de la France avaient dépêché chacun son monde. Le contraste avec les habitants de la ville ne pouvait donner qu'une foule aux couleurs de l'arc-en-ciel, réunie pour un soir sur la place de Brest. Le célèbre artiste djiboutien Aboulaziz étant aussi de la partie, des chansons en rime avec des anecdotes regardant les époux furent créées puis chantées, tout à la suite. Le matériel musical comptait une guitare et un tambour.

Les étudiants djiboutiens de Brest et ceux du grand large français, on les voyait, par petits groupes, entrer en conversation à bâtons rompus.. Le premier sujet d'échange était le voyage enduré par les invités de la fête, décidés de fouler la ville la plus occidentale de France.

Un peu après midi, nous nous sommes tous retrouvés, mariés, danseurs, invités, dans la mairie de Brest. C'est alors devant tout le monde que les mariés diront leur amour réciproque, avant d'échanger un baiser synonyme de don de soi pour l'un et pour l'autre. Les flash des appareils crépitaient alors de toutes parts tandis que des danseurs folkloriques afar surpeuplaient la résidence. Des Djiboutiennes pour qui la beauté elle-même semble avoir été créée étaient toutes parées d'insignes et des Djiboutiens tout de blanc traditionnel vêtus préparaient déjà leurs mouvements de danse. Un sentiment de bonheur nous emplit déjà en imaginant la mesure et la grâce que dégageront nos danses traditionnelles. Voilà bien un jour à nul autre pareil. Ce jour nous révéla aussi combien les Brestois pouvaient apprécier la culture djiboutienne, et aussi combien ceux-ci auront été accueillants pour les jeunes Djiboutiens. Des échos, c'est tout ce que nous avions de l'humeur sympathique des habitants de cette ville. Mais en être témoins de visu et de vécu, nous procura pleine satisfaction. De plus, notre folklore n'était pas leur seul amour, mais ce furent bien tous les Djiboutiens invités du mariage qui se virent proposer un gîte pour toute la durée de leur séjour breton. Jeunes ou moins jeunes, hommes ou femmes, aucun Brestois n'était en reste pour nous accueillir.

Par les temps qui courent, allez me trouver plus généreux et plus sympathique ! Aussi mon dernier mot va-t-il a ux Brestois pour les remercier. Merci pour le souvenir de mariage, que vous avez fait immortel.

Traduction de l’auteur



Xagaagi, sanad 2000, Brest la joogey

Maki Houmed-gaba

Waxaay eheed xagaagi sanad 2000, waxaay eheed qaroos, waxaan dhiseyney Abdourahman, ku magaq dheer Amigo, iyo Dabsia. Ummada jibuuti ee faransiis joogta, beled kasta, buulo kasta, gobol kasta, waa tan ka so baxdey. Waa tan, weeraar wax u eeg, Brest ay ku qabattey. Ujeedo ? Horrenta, Bretagne ina la arko. Ta labaad, barbaarinta djabuuti ee dagan Brest ina la isla kulmo. Ta dambe, sayga iyo oorida ina la gargaaro oo la raaqo.

Bari, galbeed, konfor iyo gudub, woqooyi, affarta gees ee faransiiseed waa laga yimid. Gaalada dalka sii fadhiyey, markaa loo geyyo, midab kala nooq ayya habeenka is arkay. Fanka caanka ee jibuutiyeed, cabdul qaziiz, ayya na joogey. Heeso ku siman caroosiinta, inta la hindhisey ayya la heesey. Aaladaha masiiqa lagu garaaqo wacay kala eheed gitaar iyo tarbuugad. Ardeyga Brest gala iyo ardeyga dibadaha ka yimid, waa kuwwan, sheeko dheer isla galey. Arrimaha hore ee laga shekestey, waa dhoofka martidu ku so daashey, sidaay u gaadho beledkani galbeednimada ugu daran faransiiska. Ha dhow 'Mairie de Brest' ayya la galey, marti iyo caroosiin ba. Dadkii badna hortooda iyo ilaahey horteesi, intaay sheegteen jaceelka u dhaxeyya, ayyaa ooridi iyo saygi, dhunkasho, midi ba deeq la tahay, isla heleen. Waxaa suwaraa hadda dhacay tiro ma le. Maweelada jabuuti ee cafareed waatan rugta buuxissey. Hablo jabuuti ee ilaahay qurux-nimo u abuurey oo la dhisey, iyo innammo dhar qad gashan, ayya ciyaar iyo gabay la so baxay. Qab weyn ayya na heley, markaan aragney tartiibka iyo quruxda, ciyaaraheyna ka so baxa. Cishadaasi cishooyin kale mid la ma noqon karto. Waa cishadaan aragney, inay dadka Brest dhaqanka jabuuti ka helaan, oo barbaarinta jabuuti si diiran u soo dhaweyyeen. Waanu so maqalney eheed dadka beledkan siday kalgacal u badan yihiin. Laakin markaan hadda aan aragney, si aad aay nagu filnaattey. Dhaqan keyna kaligii ma aha waxaay jaqelaadeen, martidi jabuuti oo dhan, ee ka timid gobolada faransiiska, qoof kii ba, aqal iyo sariir ayyay siiyyey intuu baladku joogi doono. Duqu iyo barbaar ma hadhin, rag iyo dumar ma hadhin, so dhaweeska waay isku yimaadeen. Maalmahanta bariyada aan ku jirno, inta wax ka madhaaraansan, wax kalgaqal ku dhaafta, wa la waayyi. Hadda, kilmadda gaaban aan rabey inaan ku dhameesto, waa : ummada bresteey mahaadsanid ! Innigoo carooskeena, xaflad waligeed la illaaween, ka dhigey.


 

Vues imprenables sur Pontanézen

Association Langues du Tonnerre, organisatrice du Forum des Langues du Monde – 9, rue Gavarni, 29200 Brest – tél. 02 98 42 40 70

“Vues imprenables” est le titre d'un projet européen développé par Oscura (association internationale du sténopé photographique, voir ci-dessous) dans des villes méditerranéennes : Marseille, Montpellier, Barcelone, Valence, Naples, Palerme... etc (pour plus d’informations, voir le site : www.vuesimprenables.com).

Les “Vues imprenables” saisies à Pontanézen se greffent donc sur ce travail. Elles ont été prises par des habitants de Pontanezen dans le cadre d'un stage dirigé par des photographes membres d'Oscura.

L'association Peuple et Culture – Finistère a programmé cette année quatre semaines d'initiation et de formation à la pratique du sténopé photographique. Début juillet sera organisée la deuxième semaine de formation. Les autres stages de sténopés sont organisés durant les vacances de la Toussaint et la première semaine des vacances de Noël.

Une exposition des travaux photographiques "Vues imprenables à Pontanézen" est prévue au 9, rue Gavarni, Pontanézen-Brest, du 1er au 30 septembre 2002.

La promotion de cette pratique artistiq ue est assurée dans le cadre d'un partenariat établi avec l'association Oscura.

Renseignements et inscriptions (se munir de sa boîte de conserve !) auprès de Nathalie, à Peuple et Culture, 9, rue Gavarni, Brest-Pontanézen.

Tél. 02 98 42 40 70

“Oscura réunit des gens venus de France, d’Espagne et d’ailleurs : un animateur, un architecte, un iconographe, un vendeur, une philosophe, un squatter, un historien de l’art, une cartographe, une laborantine, un photographe, etc.. Tous partagent le goût de marcher dans les rues, de traverser un parc, de longer des rails, un secret désir de ville. Plutôt Saint-Denis que Paris, Ankara qu’Istanbul, Bucarest que Brasov, Rubi que Barcelone : Oscura s’est surtout investie en périphérie de mégalopoles ou au centre de ville-fractures, villes mutantes et ouvertes à tous les scénarios, métamorphosées par la nécessité et l’imaginaire d’aujourd’hui. Là où la ville est le plus en devenir, Oscura trouve son milieu. Ainsi, depuis bientôt dix ans, Oscura travaille l’image de la ville, l’image dans la ville, présentation et représentation de ses habitants : un visage sous la fontaine, des mains dans le cambouis, joies et tracas, rêves et réalités urbaines.

Cette pratique photographique, basée sur le sténopé, se démarque immédiatement des idées préconçues que l’on se fait de la photographie et de son utilisation courante. Tout d’abord chacun parcourt la mystérieuse fabrication des images. On n’appuie pas sur un bouton sans connaître ni l’avant, ni l’après de la prise de vue. On “fabrique” son boîtier, on s’interroge sur la lumière, on trouve les bases techniques fondamentales. À la prise de vue, on ne vise pas, on est dans un champ, on n’est jamais ni complètement derrière, ni complètement devant. Pas de déclic mais des temps de pose de plusieurs minutes, parfois des heures envahies par la rêverie. Enfin dans le laboratoire, on découvre, sur le négatif et le positif que l’on tire, les déformations, la profondeur de champ et les mouvements de cette image “cinématographique” qu’est l’image sténopé.

Ainsi, de la fabrication de la boîte jusqu’à l’obtention du positif, toutes les étapes de l’acte photographique sont connues et prises en charge par ceux qui participent aux ateliers.”

Oscura

design : julien poireau - décembre 2006 -