
LES TCHETCHENES, CULTURE INVITEE :
Mariel Tsaroieva et Gérard Prémel, De la singularité géographique à la tragédie de l’histoire ; Mariel Tsaroieva, Amazones du Caucase : mythes et réalité ; Ruslan Arsanoukaev et les pétroglyphes tchétchènes ; nouvelles d’Arkadi Babtchenko et Issa Zakriev (présentation, Aude Merlin) ; Didier Caraës, texte et entretien autour des langues caucasiennes ; Entretien avec Afty Tepsaev, réfugié tchétchène à Paris ; Chanson populaire ; Tchétchénie : solidarité bretonne ;
LITTERATURE :
Alain Jégou (poésie) ; Marie-France et Jacques Lucas (poésie) ; Yann Bijer (poésie) ; Hervé Bellec (récits) ; Entretien avec Hervé Carn (poésie) ; A propos de la revue Europe ;
ARTISTE INVITE :
Francis Pellerin, présenté par Sylvie Blottière-Derrien ;
PAROLES D’IMAGE :
Ricardo Montserrat, Les pommes d’or ;
AUTRES TEXTES :
Entretien avec Catherine Renard, directrice du CRL ; Paolig Combot, Gavotenn ar referendom ; Ar Vro Bagan, Pezhioù Farsus (théâtre) ; Impressions…
Hopala! consacre un numéro sur deux à une culture invitée. Culture méconnue (les Flamands, n°10 ; les Rroms n°14), et/ou minoritaire (les Basques, n°18) et/ou persécutée (les Kurdes, n°16). Cette fois il s’agit d’une autre culture minoritaire et menacée, les Tchétchènes et Ingouches. Jusqu’à présent, les pages consacrées à ces différentes cultures en dressaient en quelque sorte un relevé succint, donnant une idée de la situation de ces cultures un peu comme une maquette de ville ou de bateau donne une idée de la ville ou du bateau. De même le temps : une sorte de distanciation venait relativiser la temporalité des évènements relatés, soit par l’effet de mise en perspective historique, soit du fait de l’éloignement géographique. Et puis tout à coup, alors que nous bouclons ce numéro et achevons la relecture des documents concernant notre dossier Tchétchénie et Ingouchie, la question Tchétchène fait irruption dans l’espace physique de Rennes, en vraie grandeur et en temps réel.
Le jeudi 13 juillet à 15 h, deux jeunes Tchétchènes, deux frères, Adam Bagachev (31 ans) et Ibraghim Bagachev (25 ans) sont présentés menottes aux poignets devant le tribunal administratif de Rennes. Ils n'ont commis aucun délit autre que celui de se présenter spontanément à la préfecture à leur arrivée à Rennes, quelques jours auparavant, afin de demander l'asile politique. Il est vrai que les deux frères avaient été intercepté en Allemagne en 2003, alors qu'ils étaient en route pour la France ; ils y avaient aussitôt demandé l'asile, afin de ne pas être refoulé vers la Russie. Cette demande avait été rejetée. Aussi, après un séjour sans issue de plus d'un an en Allemagne, ils avaient décidé de reprendre leur route vers la France, où un parent les attendait à Rennes. Appliquant à la lettre les accords de Dublin, les services préfectoraux ont fait arrêter les deux frères et demandé leur expulsion. Lors de l'audience du 13 juillet évoquée plus haut, le juge du tribunal administratif a accédé à cette demande. Le tribunal d'instance devant lequel les deux frères ont été présentés le 15 juillet, a confirmé ce jugement. MM. Adam et Ibraghim Bagachev ont été alors transférés au centre de rétention de Oissel, en Seine- Maritime, pour y attendre leur expulsion vers l'Allemagne. Malgré tous les recours engagés par le Comité Tchétchénie de Rennes et le soutien des associations de Seine-Maritime, ils ont été embarqués à Orly ce vendredi 23 juillet pour l’Allemagne d’où ils ont, selon leur avocat allemand, toutes les chances d'être extradés vers la Russie. Les deux frères sont des opposants politiques aux autorités tchétchènes pro-russes et au commandement militaire russe. Les remettre entre les mains de ces autorités dans les circonstances actuelles équivaut à signer leur arrêt de mort.
J’ai assisté à l’audience du tribunal administratif. Je n’avais encore jamais vu d’aussi près un aussi tranquille, aussi légal et aussi flagrant délit de non- assistance à personne en danger.
En vraie grandeur et en temps réel. Dans le numéro précédent nous avons évoqué, dans un Arrêt sur image, le longue et douloureuse bataille menée et perdue par les 600 salariés de la ST microélectronique de Rennes contre leur licenciement et la délocalisation de leur entreprise. Au titre de son Plan pour l’emploi, le gouvernement vient de citer, parmi les 67 entreprises exemplaires qui vont être soutenues par lui, la ST microélectronique.
On vit une époque formidable. Les Londoniens, les survivants de Sebrenitza, les Tchétchènes, les Kurdes, les Irakiens, les Thibétains, les Africains du Sahel, mes amies quinquagénaires à la recherche d’un emploi tous vous le diront : on vit une époque formidable.
Gérard Prémel
Le respect que les Vaïnakhs ancêtres des Tchétchènes et Ingouchess ont pu maintenir à l’égard des femmes et le culte de la déesse-mère très vénérée constitue un thème « féminin » très différent de l’image de la femme qui prévaut dans le monde musulman caucasien et transcaucasien. Les mythes et les légendes vaïnakhs ont conservé des réminiscences de ce passé lointain concernant l’existence de sociétés féminines indépendantes qui n’admettaient les hommes qu’une fois par an. Cela rappelle les récits sur les Amazones légendaires qu’on trouve chez les auteurs grecs antiques. En témoignent également certains aspects des épopées caucasiennes relatifs à ce sujet non étudié.
Les Amazones étaient des femmes insoumises aux hommes, qui possédaient leur propre organisation sociale et militaire, et contrôlaient leur reproduction. Pour les Grecs, qui considéraient tous les autres peuples comme « barbares », les Amazones étaient des anti-mères et donc anti-femmes. Leurs héros mythiques luttaient contre elles : Héraclès contre Hippolyte ; Achille contre Penthésilée ; Thésée. Hérodote raconte que les Scythes les nommaient Oiorpata ou tueuses (pata) d’hommes (oior). Le terme ‘amazone’ est employé pour la première fois par Homère (l’Iliade, chant III, vers 185-190 ; chant IV, vers 811-815) : Priam rappelle à Hélène que les Amazones sont déjà venues à Troie auparavant, et qu’il les avait déjà combattues au côté des Phrygiens et Otréens. Ce terme est utilisé par tous les poètes épiques, tragiques et historiens des 8e–7e siècles : Eschyle, Euripide, Hérodote, Strabon, Diodore de Sicile, Salluste, Pausanias, etc. Strabon proposait, lui, trois noms pour expliquer cet ethnonyme, parmi lesquels figure Alazones, qui coïncide avec un toponyme (nom d’une vallée) et l’hydronyme (nom de la rivière) Alazani, qui se trouvent en Géorgie septentrionale et où habitent les tribus vaïnakhes (Kistines et Batsbi). Les historiens grecs ne donnent aucune indication concernant l’origine ethnique des Amazones, en faisant cependant observer qu’elle n’était pas indo-européenne ni sémite. Elles sont considérées comme les filles d’Arès et d’Harmonia. Le mythe transmis par Hérodote témoigne qu’Arès n’était pas un dieu grec mais thrace. Selon Métrodore de Scepsis et Hypsicrate, qui connaissaient bien la géographie, les Amazones seraient arrivées dans ces montagnes avec les Gargaréens et habitaient en leur voisinage sur la pente septentrionale du Grand Caucase, notamment des monts Cérauniens (ou Kerawn), toponyme qui rappelle, le nom du mont des Galgaïens en Ingouchie – Kwirin-lam (« Montagne des Faucons ») . Elles y auraient habité encore quelque temps avant la guerre de Troie. Strabon rapportait aussi, en faisant référence à Téophane et à Appien, que ces femmes légendaires habitaient les montagnes qui dominaient l’Albanie (celle des monts Cérauniens à l’ouest de la mer Caspienne). Elles auraient été séparées des Albaniens par les tribus « scythiques » : les Lèges et les Gèles.
Strabon écrit que les Amazones se rencontraient une fois par an pour deux mois au printemps près du fleuve Thermodon (considéré par les historiens comme le Terek, fleuve principal du territoire des Vaïnakhs) pour la reproduction. Le reste du temps elles vivaient à part et n’admettaient pas d’hommes dans leur société. Elles gardaient les bébés du sexe féminin auprès d’elles et les élevaient en femmes guerrières. Quant aux bébés du sexe masculin, elles les portaient après leur naissance à la frontière du territoire où habitaient les Gargaréens et les y déposaient.
Diodore de Sicile rapportait que les Amazones mutilaient les bébés masculins dès leur arrivée au monde, en leur tordant les jambes et les bras, pour qu’ils fussent incapables de faire la guerre. Ce motif fait écho avec celui du mythe tchétchène Pharmat (« Forgeron du Pays ») qui raconte que la déesse du Foyer, femme du dieu de la Flamme, se comportait à l’égard de ses fils justement comme les Amazones à l’égard de leurs bébés masculins. Elle avait beaucoup de fils qu’elle aimait, mais qu’elle châtiait cruellement pour leur désobéissance, sauf son dernier-né, le benjamin Pharmat, auquel elle était attachée. Un jour, l’un de ses fils commit une faute. La mère possessive, en colère, voulut lui tordre les bras et les jambes. Pharmat se précipita à son secours. Lorsqu’il arriva, la mère avait déjà tordu une hanche de son frère. Il la supplia de relâcher son frère malheureux, qui resta pour toujours boiteux (xonušxa) (cf. aussi : Pharmat ou « Forgeron du Pays »).
Plutarque a laissé aussi des témoignages sur ces femmes légendaires (Vie de Pompée, 35). Il écrit que lors de leurs campagnes militaires contre les Caucasiens, les Romains ont retrouvé leurs armes sur le champ de bataille. Certains rituels, qui sont l’élément obligatoire des festivités ingouches, particulièrement le rituel du choix du couple sacré, qui remontent aux époques les plus éloignées et qui n’existent pas chez d’autres peuples, suggèrent l’idée qu’il pourrait s’agir d’une lointaine résurgence de la rencontre des Amazones et des hommes Gargaréens. En témoignent certaines coutumes des Ingouches contemporains décrites par le folkloriste et ethnographe ingouche . A.Kh. Tankiev attire l’attention sur le fait que ceux qui demandent aux jeunes filles leur main sont les hommes ; mais la décision dépend toujours de la volonté des jeunes filles, qui forment un groupe organisé et présidé par une tamada où chacune a sa place et ses fonctions déterminées. Ce rituel - dirigé par le tamada des hommes et la tamada des jeunes filles, assis sur deux rangs, selon leur âge, face à face - est, selon l’auteur, un écho lointain des rencontres des deux groupes : le groupe des guerriers et, probablement, celui des guerrières, des amazones légendaires. Le jeune homme assis sur la « chaise de bâtard », bedj h’and, était respecté par les deux groupes : des jeunes hommes et des jeunes filles. Peut-être peut-on supposer que ce jeune homme ait été considéré, dans l’Antiquité, par les Amazones et les Gargaréens comme le fruit de leur rencontre. Le garçon né de la rencontre d’une Amazone et d’un Gargaréen aurait été, en effet, considéré chez les anciens Ingouches comme sacré et jouissait alors de beaucoup de droits. Certaines légendes le représentent avec un rayonnement de soleil autour de la tête.
Chez les Ingouches, ce rituel de la cérémonie de présentation du prétendant à la jeune fille (et non le contraire) est toujours en usage. À droite de la tamada, se trouve la fusum-nana (« maîtresse de maison »). Elle figure la maîtresse de maison hospitalière, et ne participe pas aux fiançailles. Nul ne peut prendre la parole sans la permission du tamada, hormis un jeune homme assis à sa droite sur une bedj h’and (« chaise de bâtard ») qui peut intervenir durant l’entretien, et dire ce qu’il veut : plaisanter, se moquer, en interrompant même les tamada. Le rituel commence par les « fiançailles » des deux tamada. L’homme assis sur la berdj h’and, en demandant la permission à la fusum-nana, s’adresse à la tamada et lui demande de devenir sa femme. Après un dialogue animé, la jeune fille, « convaincue » des qualités de son élu, accepte. Ensuite viennent des danses et distractions diverses. Après cette pause, les « fiançailles » recommencent. L’initiative passe alors aux tamada. Le tamada des hommes, en demandant la permission à sa « fiancée », tamada des jeunes filles, s’adresse à chacune, en lui demandant de prendre pour mari un homme assis en face d’elle . Chaque fois que la jeune fille accepte, tous les hommes se lèvent et la remercient pour cet honneur. Avec l’arrivée du patriarcat, ce garçon a reçu le nom de b’edj (« bâtard »), dérivé du mot b’u (« ramassis, orgie »).
Hérodote raconte que les Amazones, qui se battaient contre les Grecs sur les rives du Thermodon, se heurtèrent un jour aux Scythes. Les tribus scythes Lèges et Gèles, leurs alliés dans la guerre contre Mithridate, qui les séparaient des Albaniens, rappellent les ethnonymes Lek ou Lak (peuple daghestanais) et Gaeles (chez Pallas) ou Gelat-xoï, ancienne tribu et grande famille actuelle ingouche, témoignant que l’ethnonyme ‘scythe’ couvrait également une partie de la population autochtone caucasienne. Ces tribus « scythiques » envoyèrent aux Amazones de jeunes guerriers qui purent les apprivoiser et se marier avec elles. Mais elles avancèrent une condition : avant d’entamer la procédure de mariage, les prétendants devaient tuer un ennemi à la guerre. Durant des siècles, elles gardèrent à peu près le même mode de vie : montant à cheval, chassant, participant avec les hommes aux campagnes militaires. Les ancêtres légendaires des Ingouches et des Tchétchènes seraient issus de l’union de ces Amazones belliqueuses avec les Gargaréens et une partie des Scythes.
Les mythes antiques grecs présentent les Amazones privées d’un sein, se fondant sur la ressemblance de leur ethnonyme avec le mot grec  (« privée d’un sein »). L’imagination des Grecs leur fait « brûler » le sein droit d’un nouveau-né féminin afin que celui-ci ne l’empêchât pas de tirer à l’arc. Mais les mythes caucasiens donnent une représentation de femmes belles, fortes, aux seins bien développés. Il est donc peu probable que Amazone soit la caractérisation du handicap attribué à ces femmes légendaires. On en revient à l’hypothèse de l’hydronyme Alazani cette vallée où elles auraient habité au voisinage des Gargaréens (cf. supra). Nombre de tribus du Caucase du Nord portaient le même nom que les rivières près desquelles elles habitaient.
Les ancêtres des Vaïnakhs auraient appelés ces femmes libres par le nom Xur-Ami. Les mythes vaïnakhs parlent en effet d’une tribu de femmes qui habitaient dans leurs montagnes et portaient ce npm. Le premier élément, Xur-, les relie à l’ethnonyme Xur-Xur, altération d’une appellation plus ancienne : H’ur-H’ur ou « Montagnards », similaire au ‘Gargar’ (Gargaréens) mentionnés par Strabon. On trouve des échos de l’offensive patriarcale contre les Amazones dans les légendes des Vaïnakhs contre ces femmes montagnardes poursuivies par Soska Solsa, héros épique et demi-dieu, né d’une pierre bleue. Le nom du père de ce dernier renvoie au panthéon hourrito-hittite, au dieu Sosk (cf. : Soska Solsa). Ces femmes légendaires Xur-Ami ou Fur-Ami, transformées dans les mythes en déesses des montagnes, vivaient en se cachant des hommes.
L’un des traits distinctifs des Amazones, dans l’iconographie grecque, est le bonnet dit phrygien ou casque à cimier. Daté de la deuxième incursion des Amazones en Phrygie (Anatolie du sud-est), lors de la bataille de Sangarios où Priam est venu aider les Phrygiens (Homère, Diodore), le bonnet phrygien des Amazones fait écho aux coiffures « cornues » : kurxars et tšugul, coiffe typiquement ingouche. D’après les découvertes dans des sépultures antiques en Ingouchie, Guérassimov a restauré une coiffure que les Montagnardes portaient aux 6e–5e siècles avant notre ère et qui évoque le casque à cimier des Amazones (cf. l’image ci-dessus).
Il existait au début du 20e siècle une fête typiquement féminine chez les Ingouches. Selon Idris Bazorkine, les femmes gardaient la tradition de se réunir, une fois par an, pour un festin dans le col des Trois Croix, dont l’accès était interdit aux hommes. Elles élisaient une reine qui nommait des « gardes du corps » et une « troupe armée de guerrières », et dirigeait la fête. Les femmes festoyaient, faisaient des courses de chevaux, s’amusaient en chantant et en dansant. Les paroles de cette vieille chanson citée par Idris Bazorkine permettent de rapprocher cette coutume des Amazones :
« Les Fur-Fur sont venus nous voir ;
Sur les montagnes descend la nuit...
Qu’elle apporte à chacune
Pas un fils, mais une excellente fille! »
Les légendes ingouches font parvenir jusqu’à nos jours des échos de garnisons de femmes, de jeunes filles choisissant elles-mêmes leurs maris. Les femmes hercules de l’épopée vaïnakhe ne se mariaient qu’avec les hommes qui prendraient le dessus sur elles dans les combats. Il est probable que de semblables coutumes existaient chez les Vaïnakhs à la période du passage au patriarcat, lequel n’est historiquement pas très ancien chez ces peuples.
Les chercheurs du 19e siècle qui parlaient des Vaïnakhs faisaient observer que leurs femmes étaient respectées au point d’être médiatrices et pacificatrices dans les querelles et les guerres interclaniques et, étant intouchables, pouvaient s’aventurer parmi des clans hostiles. Elles bénéficiaient, en outre, de la protection de quatre dieux : Seli, dieu de l’orage et juge impitoyable qui pouvait tuer un homme pour le meurtre d’une femme ; Mat-tseli, dieu de l’agriculture et juge équitable, qui pouvait jeter un homme dans l’abîme pour une offense à l’égard d’une femme ; Susan-diala, dieu protecteur des femmes et de la maternité ; Agoï, groupe de dieux protecteurs des jeunes filles.
L’attitude respectueuse à l’égard d’une femme, son inviolabilité, s’étend aussi, chez les Vaïnakhs, sur les représentantes des autres peuples, ennemis comprises. La femme, l’enfant et le vieillard sont toujours intouchables chez les Tchétchènes et les Ingouches. Le respect à l’égard d’une mère se révèle par exemple dans l’attitude des Tchétchènes combattants vis-à-vis des femmes Russes qui sont arrivées en Tchétchénie pour rechercher leurs fils disparus sans laisser de traces. Ils les hébergèrent, partagèrent la nourriture avec elles et les aidèrent dans leurs recherches au plus fort de la guerre russo-tchétchène (1994-1996).
Les femmes sont devenues assez passives dans leurs actions et donnent la priorité à leurs maris. Mais aux moments décisifs de la vie du peuple, elles retrouvent leurs tendances à l’héroïsme. Les femmes Tchétchènes et Ingouches contemporaines ont conservé ces traits caractéristiques de leurs « grands-mères » lointaines.
Mariel Tsaroieva,
docteur en histoire des religions, Ingouche d’origine
Galgaï (H’alh’aï), auto-nomination des Ingouches
Galgaï (H’alh’aï) est l’appellation d’une grande tribu ingouche très belliqueuse, donnée ensuite à tout le peuple ingouche. L’ethnonyme Galgaï est relié par les historiens à l’ethnonyme Gargar, apparu dans l’histoire antique (deuxième moitié du premier millénaire avant notre ère) avec les récits sur les Amazones. Strabon est le premier, parmi d’autres auteurs antiques, à avoir signalé l’existence de la tribu des Gargaréens. Il écrit que les Amazones habitent à côté des Gargaréens sur les pentes septentrionales du Caucase, des « monts Cérauniens » ou Kerawn, évoquant l’oronyme galgaïen Kwirin-lam (« Montagnes des Faucons »). Si l’on admet que les Gargaréens et les Amazones s’étaient installés sur les pentes du Caucase septentrional, cela permet effectivement d’identifier le fleuve Thermodon avec le Terek et de localiser ces deux peuples dans son bassin. Les auteurs antiques connaissaient nécessairement ce grand fleuve du Caucase et son bassin dans lequel ils localisaient un nombre important de peuples, dont ils faisaient mention. Les tribus de Gargaréens de Strabon étaient localisées dans la plaine ingouche Galgaï-tše (« Pays des Galgaï »).
Issa Zakriev est né le 25 décembre 1968 dans le village de Komsomolskoe, en Tchétchénie.de 1986 à 1992, il étudie à l’institut pédagogique de Tchétchéno-Ingouchie. Il écrit depuis l’adolescence. certains de ces textes ont été publiés dans les journaux littéraires Tchétchènes Stela’ad (Arc-en ciel), Nana. Aujourd’hui il vit à Grozny. Il étudie le journalisme à l’Académie du service public du nord-caucase. Il travaille au ministère de l’information de la République tchéchène.
Je n’ai plus rien. Mon H’usam a été détruit.
Des maisons de mes oncles, de mes tantes ne restent que des ruines.
Je ne dirai rien des efforts que m’ont coûtés la construction de ma maison, que j’avais bâtie avec mes voisins, mes amis. Je n’ai eu le temps de n’y vivre que six mois. Ce que Dieu a pris, il le rendra.
Aujourd’hui, je marche sur les fondations de ma maison détruite. Il faudra sans doute les raser elles aussi car elles sont pleines de fissures. Je me rappelle cette journée si chaude où nous avions élevé ces fondations ; c’est la sueur qui coulait de nos corps qui les avait cimentées.
La brique que nous avions modelée s ‘est effritée pour redevenir terre. Le parquet brûlé a pourri.
Cela fait aujourd’hui trois ans que ma maison a été détruite. Mais j’ai toujours pitié d’elle, mon cœur se serre. Je voudrais panser les plaies et soulager les blessures qui lui ont été infligées. Pourtant, je ne pense pas qu’elle me rende coupable de quoi que ce soit.
Tout à coup, j’entends une voix :
« Pardonne-moi, tu t’es donné beaucoup de mal pour me construire, et ta sueur et ton sang m’ont donné une âme. Mais je n’ai pas eu assez de force pour résister et je suis tombée. »
Je regarde autour de moi, je cherche d’où vient cette voix, mais je ne vois personne.
C’est elle. Ma maison et moi nous nous aimions.
« Je te reconstruirai : encore plus belle, plus forte. Pour que tu ne puisses résister, j’utiliserai le meilleur des bétons pour couler tes fondations. Et je ne t’abandonnerai plus jamais… Dala muk’ lakh . Mais patiente encore un peu. »
Le mur s’est écroulé sur l’arbuste qui poussait autrefois sous la fenêtre, ce qui n’empêche pas la plante de se frayer un chemin à travers les ruines afin de se tourner vers le soleil.
« ce n’est pas la peine de me reconstruire plus belle. Ma beauté, disait-on, était celle d’une fleur enchantée. Mais on m’a jeté un sort…. Reconstruis-moi petite et discrète. Peut-être qu’alors on nous laissera vivre en paix toi et moi. »
le long du mur coulent des gouttes de rosée qui s’échappent des brèches laissées par les balles.
« Ce n’est pas la beauté qui était visée, mais l’harmonie. nous ne nous résignerons pas, tu seras de toute façon la plus belle. Un homme qui n’a plus de maison cesse d’exister. »
auprès de moi, sur une pierre, se pose une hirondelle.
« Pourquoi me regardes-tu avec étonnement ? L’année où nous avons terminé la maison, tu es venue et repartie sans avoir construit ton nid. A ce moment là, j’avais été très heureux de ton apparition. Huit années étaient passées sans que je ne te voie, mais tu n’es pas restée. Tu t’es envolée comme si tu savais ce qui allait se passer. Aujourd’hui, pardonne-moi, je n’ai plus aucun mur à t’offrir... »
Les nuages se dissipent, le soleil apparaît et ses rayons éclairent les fondations.
« Lorsque que tu t’es installé, te souviens-tu des larmes de joie de ta tante ? »
Une bourrasque de vent fait voler la poussière sur mon visage. Des larmes commencent alors à couler de mes yeux.
« La nuit parfois, est-ce que tu as peur ? » lui demandais-je.
« Non. Je ne suis pas seule. Avec moi il y a une grenouille, des insectes et d’autres petites bêtes. Toute la peur s’en va chez le voisin qui se précipite toujours dans la rue au moindre chuchotement. »
Une voiture passe sur la route, en soulevant de la poussière. Je suis agacé par cette poussière, par ces gens dans la rue. Je me détourne.
« Ne reste pas comme ça, me dit-elle, pars. Le temps passe. Ne t’inquiète pas pour moi. »
« Vis en paix. »
En partant j’ai envie de me retourner, de regarder encore une fois. Mais pourquoi le ferais-je alors que je sais que ma maison me suit du regard ?
Traduit du tchétchène par Bleuenn Isambard et Letchi Magametmourzaev
À pratiquer l'holutre on récolte la poutre
L'holutre ne dépend pas de moi
L'holutre est contre la mise à mort
L'holutre engendre des habitudes
L'holutre court les rues et rentre tard
L'holutre n'est pas une catastrophe
L'holutre n'a pas d'yeux pour pleurer
L'holutre un jour se fera couper
la
tête. L'holutre ne se pèle ni se
plume
raison de plus pour la garder
au
chaud quand souffle le
vent
du nord. C'est par le haut que l'holutre croît
mais
l'holutre croît aussi par le
bas
On n'holutre pas par les oreille, on holutre par les
pattes
gares
Il y a holutre et holutre
La revue Europe consacre son numéro 913 (Europe a 76 ans) à la littérature de Bretagne. J-B Para en a confié la conception et la coordination à François Rannou qui, dans son introduction, se donne comme objectif de faire apparaître au grand jour « cette nouvelle littérature bretonne » dont il semble s’estimer le porte-parole autorisé.
Ce numéro est divisé en 5 parties :
Une 1ère partie dans laquelle un auteur parle d’un autre auteur (Christian Prigent, parle de Louis Guilloux, Francis Favereau, de Roparz Hemon, Yvon Le Men, de Guillevic, Michel Dugué ,de Jean-Marie Le Sidaner, Marc Le Gros, de Paol Keineg et Pascal Dubost de Jean-Pierre Abraham) - ou parle de lui-même (Albert Bensoussan évoque ses ancrages, Michel Le Bris ses périples, Kenneth White ses estrans, Françoise Morvan son œuvre et André Markowicz son rôle).
Une deuxième partie est consacrée à la poésie bretonne de langue française (62 pages). Jacques Josse dans une longue introduction effectue « Un tour d’horizon de la poésie contemporaine en Bretagne » que suivent des poêmes de Heather Dohollau, Paul-Louis Rosi, Paul Quéré, Denise Le Dantec, Denis Rigal, Henri Droguet, Marc Le Gros, Alain Jégou, Yves Prié, Erwann Rougé, Robert Nédelec, Alain Le Beuze et Jean Louis Aven. Une 2ème partie bis, (coincée au milieu de la 1ère partie), est consacrée à la littérature de langue bretonne (15 pages) ; Francis Favereau y présente 2 poètes : Kouliz Kedez et Bernez Tangi.
Une 3ème partie est consacrée aux métamorphoses du récit à travers des nouvelles ou récits de Jacques Josse, Hervé Carn, Anne-José Lemonnier, Michel Dugué et Mona Thomas.
Une 4ème partie est consacrée au théâtre en Bretagne d’une part à travers un entretien entre Pierre Maillet, Madeleine Louarn et Annie Lucas, d’autre part avec 2 textes l’un, de Roland Fichet, l’autre de Paol Keineg.
Enfin, un dossier Yves Elléouët rassemble des écrits de Xavier Grall, Patrick Chatelier, Jacques André, Pierre Abgrall et Marc Le Gros. Ce dossier comprend un écrit de jeunesse peu connu d’Yves Elléouêt « Eusèbe » (écrit entre ses 17 et 18 ans, non à 16, j’étais le P de ce texte dont nous débattions aux Arts Appliqués et durant nos déambulations parisiennes).
Une Sélection bibliographique de 8 pages porte bien son nom et reflète les choix des maîtres d’œuvre de cette anthologie. Avant d’en faire l’examen critique, ne boudons pas le plaisir que nous avons eu à lire des auteurs qui nous sont chers. C’est ainsi que nous avons retrouvé avec joie la grande Denise Le Dantec, Denis Rigal et sa soif de vie, la verve d’Henri Droguet, les périples maritimes d’Alain Jégou, la forte et inquiétante étrangeté de l’univers de Robert Nédelec ; lesquels tranchent quelque peu sur l’esthétique de préciosité familière et d’estrans distingués qui semble prévaloir chez les autres auteurs. Parmi les nouvelles ou les extraits de roman publiés on aura plaisir à lire Lendre de Michel Dugué, La gloire et le vent d’Hervé Carn, et Les buveurs de bière de Jacques Josse. Pour autant, ces textes relèvent-ils vraiment d’une métamorphose du récit comme l’annonce François Rannou ?
Toujours sur le registre du plaisir que l’on ne saurait bouder, la fulgurance du texte de Patrick Chatelier « j’ai été Yves Elléouët », la brûlante lucidité du texte que Xavier Grall consacrait en 1978 à Elléouët (il est le seul à évoquer Joyce à son propos), la rigueur concise de Jacques André, ainsi que le rapport à la Matière de Bretagne chez Elléouët qu’établit Le Beuze, nous montrent que la passion, l’empathie et le discernement sont des clés plus sûres pour entrer dans une telle œuvre que les longues digressions savantes. Toujours au rang du plaisir, il faut citer le texte émouvant de Y.Le Men sur Guillevic et celui de M. Dugué sur Le Sidaner. Enfin, malgré l’amertume de voir la création de langue bretonne réduite à la portion congrue, on sera heureux de redécouvrir le grand Bernez Tangi avec son magnifique «rod an aveliou» déjà publiée en décembre 2004, comme savent nos lecteurs, dans le n° Hors Série de hopala ! consacré à la Littérature contemporaine de langue bretonne et de langue gallèse...
Grâce ayant été rendue à ces plaisirs, force est de passer à des aspects plus sombres de cette entreprise. Il semble bien que la bonne clé pour en décrypter le sens et la place dans le paysage éditorial breton soit « Le Livre du rire et de l’oubli » de Milan Kundera. On se souvient comment Kundera caractérise la société totalitaire qu’il vient de fuir par la détermination à l’amnésie et l’exclusion et il rappelle comment l’image des dirigeants tombés en disgrâce et éliminés était effacée des photos officielles. Il développe ensuite, dans les contes assez cruels de son périple français (sa première étape d’exil en 1975 a été Rennes…) sa découverte que la tendance à l’amnésie et à l’exclusion y règne tout autant sous d’autres formes. Europe est d’une certaine manière un lieu de consécration. Cette anthologie est donc un peu la photographie officielle de la littérature bretonne actuelle. Les absences y seront signe et feront sens. On cherchera donc en vain dans ce numéro d’Europe, la moindre référence à Gilles Fournel et Claude Vaillant qui furent dans la Bretagne des années 60 / 70 les acteurs d’une certaine poésie engagée, ou l’intense malouine aveugle Angèle Vannier qui fut leur amie. Dans son article consacré à la poésie actuelle en Bretagne, Jacques Josse évoque les « passeurs », (responsables de revues, etc.) Mais Nicole Laurent-Catrice qui, outre le mérite d’avoir écrit la Sans- Visage a été durant près de 15 ans en charge de l’espace Orphée aux Tombées de la Nuit de Rennes n’est pas nommée alors qu’elle a contribué à faire connaître ou reconnaître tant de talents, dont certains de ce numéro d’Europe. Le Breton de Sanguèse, Michel François Lavaur et sa magique revue Traces est éradiqué, ainsi que le Nantais Luc Vidal et sa belle revue Signes, sans parler de Yann Orveillon et de ses Voleurs de Feu. On cherchera en vain le Catalan malouin Ricardo Montserrat, auteur entre autres du fantastique poème « La ville rouge », et dont les ateliers d’écriture sont autant d’actions d’insertion (comme celui qui a donné la parole aux exclus du Centre-Bretagne en 97), ou la Bulgare brestoise Anélia Véléda, poète bilingue, et sa revue Littérales. Parmi les poètes effacés de ce numéro d’Europe, citons Guénane dont les « Cent yeux d’Argos » et « Le fleuve en fer forgé » comptent parmi les grands moments de la poésie actuelle en Bretagne. Et nombreux sont les oubliés de la fameuse « Métamorphose du récit», chère à F. Rannou : Hervé Bellec, Mathias Caroff, Gérard Alle, etc.
En ce qui concerne la poésie bretonne, on retrouve le même principe d’amnésie dans le travail de Francis Favereau. Appréciant Bernez Tangi, il ne dit mot de Lan Tangi auteur de Mousafir et de Bretagne des Hautes terres, ni du considérable Ronan Huon et de son fils Tugdual. Certes il évoque bien la production du Théâtre Ar Vro Bagan, mais Lan Botrel, Gwendal Denez, Mouton, Annaïk Renaud, les deux revues culturelles et littéraires Al Liamm et Brud Nevez sont effacés du paysage littéraire de langue bretonne, de même d’ailleurs que Manu Lanhuel. Notre ami Francis Favereau a oublié également les cahiers de poésie contemporaine de langue bretonne et de langue gallèse publiés dans hopala !, et notre numéro Hors Série qui les rassemble. Dans ce panorama de l’amnésie on ne s’étonnera donc pas du total effacement des auteurs de langue gallèse: nous sommes encore loin d’être à la veille de la reconnaissance du talent d’auteurs tels que Bertran Obré, Yves Bauge et leurs amis, qui osent s’exprimer dans un dialecte roman de langue d’oïl que les inspecteurs académiques des années 1900 qualifiaient de « patois presqu’informe ». Autre exemple significatif de l’effacement, celui dont le théâtre Ar Vro Bagan fait l’objet dans la table ronde sur le théâtre en Bretagne.
Certes, François Rannou mentionne bien qu’il ne prétend pas à l’exhaustivité. Mais force est de constater que ses choix relèvent plus du principe d’exclusion que de celui du manque de place – car il faut bien se rendre à l’évidence, ça fait beaucoup de monde, et du beau monde. On peut alors se demander si, au fondement de cette exclusion, il n’y a pas la toute puissance pur et simple du désir d’un petit club, détenteur du pouvoir de choisir. Une anthologie de cette ambition n’eut-elle pas mérité des critères de choix plus ouverts et plus clairs ? J.- P. Dubost consacre un article à Jean-Pierre Abraham. Dans ses notes de bas de page se trouve une référence à une revue parisienne bien connue. Pourquoi pas au substantiel hommage que le n° 15 de hopala ! rendait à Jean Pierre Abraham ?
C’est aussi dans une note de bas de page de sa présentation que François Rannou mentionne la pauvreté de la critique littéraire en Bretagne (ce qu’on ne peut qu’approuver en le lisant). Il y insiste sur le fait que « plus largement il n’y pas {en Bretagne} de revue sérieuse de débat (même si hopala s’y essaie parfois avec succès) alors qu’il y a matière à débattre sans doutes ici plus qu’ailleurs ».
Exact, cher François Rannou, il y a matière à débattre. Continuons donc « à nous y essayer ». Et pour commencer disons tout net que ce n° d’Europe nous semble constituer, par les clivages qu’il recèle et dont à son corps défendant il témoigne, une régression par rapport au numéro 18 de Poésie 1 où Bernard Mazo (autre de vos oubliés de marque) publiait en 1999 un panorama des poètes de Bretagne un peu moins incomplet que le vôtre, et surtout par rapport au substantiel n° spécial que cette même revue Europe consacrait à la littérature de Bretagne en mai 1981 et dont la couverture portait fièrement l’intitulé Lennegezh Breizh.
Frealzus eo gwelet an dud yaouank dreist-holl o teskiñ hag oc’h ober gant ar brezhoneg er c’hêrioù bras breizhat e-giz an Noaned ha Roazhon. D’ar 17 ha d’an 18 a viz mae edo strollad Ar Vro Bagan o tisplegañ « Pezhioù c’hoari farsus » eno just a-walc’h. Ur saliad vrao a dud bep tro. Iskis zoken gwelet kement all a dud yaouank bodet a-samblez, e-skoaz e Breizh Izel peurliesañ e vez muioc’h a bennoù gwenn pe pennoù displu. Anat eo o deus an dud a zo o teskiñ er c’hêrioù bras ezhomm klevet abadennoù brezhoneg a-bep seurt, evit ar blijadur hag an deskiñ. Studi ha dudi ! Deomp-ni c’hoarierien ez eo un dra galonekaüs ivez, rak estreget un « arz » eo ar c’hoariva brezhonek evidomp-ni. Un stourm eo evit ar yezh hag ar Vro. « Pep ger distaget en hor yezh a zo un AKT a Feiz evit ar brezhoneg » tro ma skrive Yann-Ber Piriou.
Er bloaz-mañ ez oamp aet di gant tri fezh c’hoari fentus, goude bezañ c’hoariet Breizh AKTU 70.80 e-pad bloaz hanter. Amañ en tri fezh n’eus ket ano eus Breizh nag eus he c’hudennoù politikel, ekonomikel, sevenadurel. N’eus a Vreizhek nemet ar yezh hag ar spered da lavaret an traoù marteze. Deomp-ni e oa ivez un digarez da gaout plijadur en ur c’hoari traoù ha na vefent ket poanius evit ar sellerien. E Breizh AKTU da skouer ez eus pennadoù kalet a-walc’h diwar-benn an FLB, Brezel an Aljeri, Plogoñv...
Dibabet hon doa eta lakaat en un abadenn tri fezh hag o defe un tammig liamm kenetrezo, evit ma vefe klokoc’h an traoù. An daremprejoù etre Gwaz ha Maouez a oa danvez an tri fezh, gwelet gant daoulagad tri skrivagner eus broioù disheñvel.
« E kichen ar Poull » a zo bet troet diwar « La farce du cuvier » ur farserezh eus ar Grenn Amzer dianav ar skrivagner anezhi. E gwirionez e oa bet lakaet e brezhoneg gant Yann-Vari Perrot e-penn kentañ ar c’hanved all ha displeget alies da geñver gouelioù ar Bleun Brug gant ar strolladoù c’hoariva a save e pep parrez ma veze kure pe person (St Nouga, St Tegoneg, Plougerne, Skrigneg). Brezhoneg dispar a zo gant Perrot, pinvidik, poblek ha lennek war un dro. Dre ma oa beleg d’ur mare ma oa strizh ar relijion ha krog mat war ar bobl n’en doa ket lakaet pennadoù zo en e droidigezh vrezhoneg : an darempredoù korf etre ar gwaz hag ar vaouez, nag ar c’hunujennoù. Druz a-walc’h oa yezh ar grenn amzer. Dalc’het meus d’ar spered-se em zroidigezh, pinvidik mat eo ar brezhoneg war an dachenn-se. Gounid eo ar gwaz war e vaouez hag e vamm gaer er pezh-c’hoari kozh. Diamzeret e kaven ar spered-se da vezañ diskouezet en deiz a hirio dirak an dud. Lakaet em eus anezho « rampo » da zibenn ar pezh kuit da vezañ lakaet da « gwasker merc’hed paour ! »
Gant Anton Tchekov eo bet skrivet L’Ours, unan eus e bezhioù c’hoari berr. Un tri bennak eus ar pezhioù berr-se a zo bet lakaet e brezhoneg, ar Goulenn Dimmezi gant Roparz Hemon evit Gwalarn, chomet feal da skrid Tchekov, ha gant Armañs Keravel kempennet gantañ diouzh sevenadur diwar ar maez Breizh. Daou zoare disheñvel da welet an traoù. An droug a ra ar Butum zo bet lakaet e brezhoneg ganin ha c’hoariet e Pariz zoken mar plij ! An Arzh oa troidigezh feal Roparz Hemon eus an Ours (Gwalarn) ; evit Ar Vro Bagan moa graet un droidigezh disheñvel un tammig poblekoc’h e-keñver ar yezh. Spered Tchekov a zo chomet er pezh d’am soñj, rak seurt digouez, ur gwaz o tont da c’houlenn paeañ he dle digant un intanvez hag en em gannañ ganti araok he goulenn da zimeziñ, a vefe bet iskis e lec’hiañ e sevenadur Breizh.
Pezh-c’hoari berr Sean O’Casey Bed Time Story avat a ao kalz aesoc’h da lakaat e kemm gant sevenadur Breizh, hini Bro-Leon dreist-holl a anavezomp mat.
Ur paotr yaouank kozh, dalc’het en e gorf, devot-kenañ, o pec’hiñ gant ur c’hast. Petra lavaro an dud ! Klotañ mat a ra spered Dulenn ar bloavezhioù hanter kant gant hini Bro Leon e-keñver ar reizh, ar religion, ar vezh, ar c’horf.
Da stagañ ar pezhioù kenetrezo e kan Jakez ar Borgn sonioù laouen en deus savet da glotañ gant an danvez.
Perak mont da glask pezhioù estren eme lod ? Abalamour n’eus ket a-walc’h a skrivagnerien gouest da skrivañ pezhioù e brezhoneg ? Gwir eo n’eus ket kalz oc’h ober, dre ma ne vez ket c’hoariet o fezhioù rak n’eus ket a-walc’h a strolladoù a-vicher pe divicher o pleustriñ war ar c’hoariva brezhonek. Al labour emaomp krog ganti eo lakaat c’hoarierien a-vicher da bleustriñ war ar c’hoariva brezhoneg, lakaat sevel skridoù nevez. Ret eo deskiñ ar vicher ha kaout arc’hant d’hen ober… C’hoari pezhioù estren a zo talvoudus ivez. Skrivagnerien evel Tchekov hag O’Casey a zo mistri vras war arz ar c’hoariva. Ur skol vat eo evit ar c’hoarierien hag al leurennerien. Hag ur blijadur evit ar sellerien ober anaoudegezh gant «c’hoariva ar bed ».
Ar Vro Bagan he doa c’hoariet ivez « An Arar hag ar Stered » gant O’Casey (brezhoneg : G. Kervella).
En hañv e vezo Ar Vro Bagan o tisplegañ « Gwerz ar Vezhinerien – Pêcheurs de goémon » diwar romant Yvonne Pagniez ; e Kerlouan d’ar 1, 2, 15, 16, 17 a viz gouhere ; d’an 11, 12, 14 a viz eost.
L’ensemble géographique constitué par ces deux petits pays du Caucase du Nord présente un relief très varié. Une moitié de sa superficie est occupée par des plaines fertiles dont la majorité se trouve en Tchétchénie. L’autre moitié se partage pour plus de 30 % en collines et basses montagnes (300 -1200 m), plus de 11 % en montagnes moyennes (1200 - 2400 m) et près de 8 % en hautes montagnes (plus de 2400 m). Le climat y est assez doux : des étés est chaud et des hivers de courte durée. Sa richesse principale est le pétrole et le gaz suivi de près par les gisements de matières premières pour l’industrie de construction : ciment, calcaire, dolomites, gypse. Dans les hautes vallées des rivières de l’Assa (Ingouchie) et du Tchanty-Argoun (Tchétchénie) ont été découverts plusieurs gisements du cuivre et des polymétaux. Les sources minérales balnéaires de la région sont connues et appréciées.
Selon le recensement de 1989, la population de la Tchétchénie comptait 1 270 000 habitants et l’Ingouchie près de 480 000. Groznyï, capitale de Tchétchénie (qui était également capitale des Ingouches de1934 à 1991), était un centre industriel et scientifique important du Caucase et occupait la troisième place, après Rostow sur le Don et Krasnodar.
Les Tchétchènes et les Ingouches (ou Vaïnakhs , comme ces deux peuples- frères s’appellent entre eux) sont les plus anciens peuples du Caucase. Leur langue commune ne ressemble à aucune autre au monde (hormis quelques points communs avec le basque). Le type anthropologique des proto-Vaïnakhs s’était formé à la fin de l’âge du bronze et au début de l’âge du fer. Il se rapporte au groupe caucasien de la grande race européenne.
Les ancêtres des Vaïnakhs ont peuplé les pentes méridionales et septentrionales du Grand Caucase. Une partie des proto-Vaïnakhs peuplait également les plaines du piémont. Ils s’occupaient principalement de l’élevage, de l’agriculture de l’horticulture et de l’artisanat lié au traitement des cuirs et des métaux. Ils étaient en contact avec des tribus nomades des steppes du Caucase antérieur : les Scythes, les Sarmates, les Alans.
Le processus de l’unification ethnique des tribus vaïnakhes date, selon les sources antiques géorgiennes, du 4e-3e siècle avant notre ère. Les auteurs romains, Pline et Strabon, citent dans leurs ouvrages certaines ethnies vaïnakhes : Gargars, Khamékites, Isadiks, Aougs.
Au début du 1er millénaire, les ancêtres des Tchétchènes et des Ingouches ont repoussé les invasions des légions romaines et ensuite de l’Iran Sassanide. Entre le 7e et le 9e siècles, ils ont plusieurs fois repoussé, alliés à la Géorgie et au Daghestan, les armées du Khalifat arabe. Les tribus vaïnakhes, qui habitaient les steppes de la Tchétchénie, faisaient partie du Kaganat de Khazars. Les habitants des plateaux formaient une communauté multiethnique, nommé par les auteurs orientaux « Alania », qui a existé dès le 10e siècle en Ingouchie. La capitale de l’Alania, Magas (ou Maas) se serait trouvée dans la plaine d’Ingouchie. Les tribus tchétchènes de montagnes, limitrophe du Daghestan, étaient réunies au royaume de Serir. Les ancêtres des Vaïnakhs (Dzourdzouks, Kistes, etc.) jouaient depuis l’Antiquité un rôle important dans la vie des peuples du Caucase, comme en témoignent les auteurs antiques géorgiens et arméniens.
C’est au 8e et le 9e siècles que prend son essor l’essor dans les montagnes vaïnakhes un savoir-faire architectural singulier avec les tours habitables, et les fortifications. Les tours habitables (h’ala) se composaient le plus souvent de trois niveaux, les tours de guerre (wow ou bow), où les familles entières se réfugiaient lors des invasions, pouvaient avoir cinq niveaux. La hauteur des tours atteignait souvent 28 mètres. Ce savoir- faire se traduit également par des temples (chrétiens ou païens), et des sépultures dites « de soleil ». La tradition orale a conservé les noms des maîtres maçons. Des familles entières de maçons transmettaient les secrets de leur art de génération en génération.
Les sanctuaires (elgyts) étaient considérés comme les « maisons des dieux ». Chaque dieu avait son temple. L’accès dans ces « maisons des dieux » était interdit aux profanes. Seul le prêtre y avait accès. Il allumait dans le sanctuaire les bougies que lui avaient confié les habitants, et procédait, d’après la configuration de leur flamme, à la divination.
Avant l’islamisation, les Vaïnakhs n’enterraient pas leurs défunts dans la terre : ils les déposaient sur les rayons de schiste de leurs « sépultures de soleil ». Chaque famille vaïnakhe avait sa sépulture « de soleil », où reposaient ses plusieurs générations.
Au début du 13e siècle, les Mongols ont envahi les steppes du Caucase intérieur et les plaines du piémont, balayant tout sur leur chemin. Le royaume polyethnique Alania et sa capitale furent anéantis. La population, qui n’avait pas réussi à se replier dans les montagnes inaccessibles, a été massacrée ou amenée en esclavage.
Au 16e-17e siècle le Caucase devient objet de convoitise pour trois empires : la Turquie, l’Iran et la Russie. La noblesse locale, en essayant de consolider ses positions, établit des liens diplomatiques avec Istanbul, Ispahan et Moscou. En 1588-1589, le prince vaïnakh Chikh-Mourza d’Okotski (Akki-Orkhoustkhoï) envoie à Moscou ses premiers ambassadeurs, en espérant sauvegarder la souveraineté grâce à la protection du Tsar. Les cosaques apparaissent dans le Caucase septentrional.
Du 16e au 18e siècles, les trois groupes ethniques du territoire Vaïnakhs – Tchétchènes, Ingouches et Orkhoustkhoï – sont porteurs de la même culture et de langues apparentées sur leurs territoires propres. La différentiation ultérieure de cet ancien massif unique des tribus vaïnakhes a été conditionnée par les facteurs géographiques, religieux et politiques. Les habitants des plateaux tchétchènes limitrophes au Daghestan ont été islamisés au 16e siècle. Selon certains auteurs, les Akki-Aoukhs, tribus vaïnakhes habitant dans le district actuel du Daghestan, confessaient déjà l’Islam au 12e siècle. Les Montagnards – tous les Ingouches et certaines tribus tchétchènes (Gunoï, Maïsty, Melkhi) – continuèrent d’adorer leurs anciennes divinités jusqu’au 18e et même pour certains jusqu’à la fin du 19e siècle. Pour les diviser d’avantage et affaiblir leur résistance à la politique coloniale, les Russes ont intercalé entre ces tribus des villages cosaques.
A la fin du 18e siècle, sous le gouvernement de Pierre le Grand puis de Catherine II, la politique Russe dans le Caucase acquiert un caractère résolument colonial. Les Tchétchènes, le plus nombreux peuple du Caucase du Nord, représentaient pour la Russie une menace sérieuse. Depuis 1785, Catherine II commence à consolider la présence de la Russie dans le secteur par la construction de bases militaires. Certains représentants de la noblesse vaïnakhe, stimulés par des cadeaux et des distinctions, consolident leur position personnelle en se soumettant à cette occupation.
Toutefois, la présence de ces bases militaires provoque un mouvement de libération qui voit apparaître sur la scène politique le premier grand capitaine tchétchène musulman : Mansour. Psychologue remarquable, doué d’une intelligence perspicace et inspirant une confiance profonde au peuple - selon les services secrets russes, il rassemble sous son drapeau non seulement les Tchétchènes, mais aussi les Daghestanais, les Koumyks et les Kabardes ce qui a accéléré l’islamisation des Tchétchènes de plaines. Les services du tsar rapportaient qu’il s’apprêtait à aller chez les Ingouches et les Karbulaks afin de les convertir à Islam. L’armée de Mansour, qui comptait quelques milliers de combattants a gagné plusieurs batailles importantes contre des troupes russes expérimentées.
En automne de 1790, Mansour voit échouer sa dernière insurrection en Tchétchénie et au Daghestan. Il doit s’enfuir à Anapa, ville qui appartenait alors à la Turquie. En 1791, après la prise d’Anapa par les Russes, il a été fait prisonnier et envoyé à Péterbourg. Condamné à la perpétuité et incarcéré dans la prison de Schlisselbourg, Mansour est mort le 13 avril 1794 et enterré sur le mont Préobrajenskaïa « sans aucun rite funéraire ».
Au début du 19e siècle, les Tchétchènes représentaient le peuple le mieux organisé du Caucase, capable de résister au colonialisme russe. Les pages les plus sanglantes de ce combat datent des années du gouvernement du général Ermolov dans le Caucase (1816-1827). Ses phrases préférées étaient : « le bon Tchétchène est un Tchétchène mort » et « je ne me calmerai pas jusqu’à l’extermination du dernier Tchétchène » (paroles qu’on ne peut pas ne pas rapprocher de certaines déclarations récentes du président Poutine). Cette cruauté a provoqué un effet contraire : les deux peuples musulmans, Tchétchènes et Daghestanais se réunissent de nouveau en 1834, sous la direction militaire d’un Avar, l’imam Chamil. Ce stratège de talent a tenté de créer un Imamat, avec son armée et ses institutions politiques et administratives. Cet Etat de deux peuples montagnards a pu résister durant 25 ans à la puissante armée tsariste. Cette époque a vu également naître des capitaines tchétchènes de talent (Tachou-khadji, Oudi-mollah, Choaïp-mollah, etc.) et des oustazes (maîtres religieux) soufis (entre autres Kounta-khadji, Sols-khadji, Deni Arsanov, etc).
En 1859, suite aux tensions intérieures et extérieures, l’Imamat de Chamil s’est écroulé. La Tchétchénie a été occupée par l’armée russe. Des dizaines de millers de Tchétchènes, d’Ingouches et d’Akki-Orkhoustkhoï, privés de leurs terres données aux Cosaques, ont dû quitter leur patrie pour la Turquie.
A la fin du 19e siècle, étaient découverts dans la région d’importants gisements de pétrole. Le Caucase devient alors une région stratégique pour la Russie. Mais la majorité absolue de la population vaïnakhe, chassée de ses meilleures terres, continuait d’éprouver de graves difficultés matérielles. Aussi la Révolution de 1917 a-t-elle été accueillie à ses débuts, dans les montagnes du Caucase, avec enthousiasme : Lénine et les bolcheviks promettaient aux Montagnards de leur rendre leurs terres et la liberté. L’adhésion des ingouches au régime bolchevik leur a même valu la dénomination « l’Ingouchie rouge ». En 1922 ont été formées la République Autonome de Tchétchénie (capitale Groznyï) et la République Autonome d’Ingouchie (capitale Vladikavkaz, sur la rive droite du Terek). Autonomies purement fictive : la « dictature du prolétariat », la collectivisation forcée, la réquisition « en faveur de la jeune République soviétique », les arrestations, les « nettoyages » tchékistes (ancêtres du KGB), éclairent vite la population et provoquent des insurrections cruellement réprimées. En 1934, les Républiques autonomes de Tchétchénie et d’Ingouchie sont réunies en une Oblast, (région), réorganisée en 1936 en République Autonome Soviétique Socialiste de Tchétchéno-Ingouchie.
En 1941, dès le début de l’invasion allemande, une grande partie des adultes mobilisables de cette république (30 000 combattants) est envoyée au front. Staline et Beria préparent alors, en l’absence de ces hommes, qui auraient pu s’y opposer, un plan secret en vue de le déportation de la population. Lors de sa réalisation, ce plan a reçu le nom de : « Tchétchévitsa » (Lentilles). Le 23 février 1944, 200 000 soldats et officiers de l’NKVD (ancien KGB) et de l’Armée rouge ont entassé une population d’un demi-million de Tchétchènes et d’Ingouches dans les wagons à bestiaux et les ont envoyés dans les steppes enneigées du Kazakhstan à des milliers de kilomètres de leurs montagnes. Les habitants de quatre villages de hautes montagnes difficilement accessibles – Khaïbakh et Ete-Kallé (en Tchétchénie), Arzi et Tsori (Ingouchie), oubliés dans le transfert, ont été réunis dans les clubs, les hangars et brûlés vifs. Lors du voyage d’un mois et durant la première année de leur vie en déportation, les Vaïnakhs ont perdu plus d’un tiers de leur population.
En 1957, après l’arrivée au pouvoir de Nikita Khroutchev, le climat politique s’améliore, les Vaïnakhs sont réhabilités et autorisés à retourner dans leur patrie. La République Autonome Soviétique Socialiste de Tchétchéno-Ingouchie est restaurée. Cependant, les Ingouches ont été privés de leur berceau historique, le district Prigorodnyï (40 % de leur territoire), annexé à l’Ossétie du Nord. Par ce geste, Staline a créé un foyer permanent de tension entre les Ossètes et les Ingouches, peuples autrefois très proches au plan culturel et religieux. Comme les Ingouches, les Ossètes étaient l’un des derniers peuples du Caucase à avoir renoncé à son panthéon païen. La majorité des Ossètes (≈ 65 %) ont adopté le Christianisme, une autre partie (≈ 35 %) ont choisi l’Islam.
A son accession à la présidence en août 1990, Boris Eltsine déclare aux peuples de Russie : « Prenez le pouvoir …». Animés de cette déclaration, les Tchétchènes se réunissent, le 23-25 novembre 1990, à Groznyï en Congrès national. Le Comité exécutif du Congrès demande à Djokhar Doudaiev, populaire général tchétchène, alors commandant de l’aviation stratégique russe en Estonie, de venir en Tchétchénie et se mettre à la tête du mouvement national. Djokhar Doudaiev a répondu immédiatement à cet appel. A son arrivée en Tchétchénie, le Comité exécutif s’est transformé en Congrès national du peuple tchétchène.
Le 27 octobre 1991, Djokhar Doudaiev est élu président de la République, signe le Décret « De la souveraineté de la République de Tchétchénie », et annonce sa sortie de la Fédération de Russie.
Les Ingouches ont décidé de rester dans la Fédération, espérant par ce geste contribuer au retour de leur district de Prigorodny. Au lieu de cela, en novembre 1992, un conflit a été provoqué entre les Ingouches et les Ossètes. La milice ossète, soutenue par l’armée russe, a chassé tous les habitants d’origine ingouche du territoire de l’Ossétie. Plus de 60 milles personnes en un seul jour ont perdu leurs maisons et beaucoup d’entre elles leurs proches. Des centaines de personnes ont péri dans ce conflit interethnique, des centaines ont disparues sans laisser de traces. Les rescapés ingouches vivront durant douze ans sur le territoire d’Ingouchie dans des wagons, en attendant la résolution de cette question. Les dirigeants russes espéraient que le Président « rebelle » Djokhar Doudaiev viendrait à l’aide au peuple frère, et qu’ils auraient ainsi le bon prétexte pour envahir militairement la Tchétchénie sans crainte d’une désapprobation internationale. Cependant Doudaiev, qui avait compris la manœuvre des Russes, n’a pas réagi. Le prétexte a été trouvé deux ans après : la Tchétchénie menaçait l’intégrité de la Russie (le Tatarstan et la Bachkirie parlaient de suivre son exemple). Le 31 décembre 1994, la Tchétchénie est envahie. Pavel Gratchev, ministre de la défense de la République Russe promet alors « de remettre l’ordre en deux heures ». Dix ans plus tard, la guerre dure toujours. Le monde ne réagit pas, et observe d’un euil indifférent cette résistance d’un petit peuple (cent cinquante fois moins nombreux que l’agresseur) défendant sa liberté et son existence même contre l’énorme Russie qui semble rester, suivant la parole de Lénine prononcée il y a près d’un siècle, la prison des peuples.